PER ou assurance-vie pour un dirigeant : lequel choisir en 2026 (et pourquoi la réponse dépend de votre TMI) ?
À 30 % de tranche marginale et au-delà, le PER individuel l'emporte : 10 000 € versés par an pendant 20 ans, à effort d'épargne égal, rapportent 15 000 € à 50 000 € nets de plus qu'une assurance-vie dans nos hypothèses, grâce à la déduction à l'entrée (jusqu'à 37 680 € en 2026 pour un assimilé salarié, 88 911 € pour un TNS). À 11 % ou moins, le PER n'apporte rien, bloque l'argent et peut coûter jusqu'à 37 000 € si la sortie se fait dans une tranche supérieure : l'assurance-vie est alors la réponse. Pour la plupart des dirigeants, la bonne réponse est « les deux » : l'assurance-vie d'abord, le PER ensuite pour la retraite.
Deux enveloppes, une seule vraie question : votre taux marginal
Le PER individuel et l'assurance-vie sont les deux enveloppes d'épargne longue que tout dirigeant finit par rencontrer, souvent proposées par le même interlocuteur, parfois dans le même rendez-vous. Elles se ressemblent en apparence : mêmes supports (fonds en euros, unités de compte, gestion pilotée), mêmes assureurs, mêmes grilles de frais. Elles s'opposent pourtant sur trois points qui décident de tout : la déduction fiscale à l'entrée, qui n'existe que sur le PER ; la disponibilité de l'argent, qui n'existe vraiment que sur l'assurance-vie ; et la fiscalité à la sortie, inversée entre les deux.
C'est pourquoi la bonne réponse dépend moins du produit que du taux marginal d'imposition (TMI) du dirigeant. Le PER transforme un impôt payé aujourd'hui à votre TMI actuelle en un impôt payé demain à votre TMI de retraité. Si la seconde est inférieure à la première, le PER crée de la valeur ; si elles sont égales, il n'en crée que par la capitalisation de l'impôt différé pendant vingt ans ; si la seconde est supérieure, il en détruit. Un dirigeant à 41 % qui prendra sa retraite à 30 % et un dirigeant à 11 % qui sera encore à 11 % ne doivent pas faire le même choix, même avec les mêmes 10 000 € à placer.
L'assurance-vie, elle, ne parie pas sur l'écart de TMI : elle est neutre à l'entrée, douce à la sortie après huit ans, et c'est le seul des deux outils qui sert aussi d'épargne de précaution et d'outil de transmission. Notre article sur l'assurance-vie du dirigeant et son patrimoine personnel détaille cette dimension patrimoniale ; ici, on compare les deux enveloppes sur la seule question qui fâche : où mettre les 10 000 € de cette année.
Le PER individuel en 2026 : déduction, plafonds, sortie, et ce que la loi de finances a changé
Les versements volontaires sur un PER individuel sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d'un plafond calculé chaque année. Pour un dirigeant assimilé salarié, c'est 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, plafonnés à 10 % de 8 PASS de cette même année : 37 680 € pour les versements 2026 (PASS 2025 à 47 100 €), avec un plancher de 4 710 €. Pour un TNS, le plafond se calcule sur le bénéfice de l'année en cours : 10 % du bénéfice dans la limite de 8 PASS 2026 (soit 38 448 €), majorés de 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS (48 060 € à 384 480 €), ce qui porte le maximum à 88 911 € ; le plancher est de 4 806 €. Un TNS à 120 000 € de bénéfice dispose ainsi d'environ 22 800 € de déduction. Les plafonds non utilisés sont reportables : la loi de finances pour 2026 a étendu ce report de 3 à 5 ans, et les conjoints peuvent mutualiser leurs plafonds.
La loi de finances pour 2026 a modifié trois règles. Les versements effectués à partir de 70 ans ne sont plus déductibles (en contrepartie, ils sont exonérés d'impôt à la sortie, seuls les gains restant taxés). La « flat tax » applicable aux gains du PER à la sortie en capital passe de 30 % à 31,4 %, conséquence de la hausse de la CSG sur les produits de placement de 9,2 % à 10,6 % votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 — l'assurance-vie, elle, a été explicitement exclue de cette hausse. Enfin, l'option entre prélèvement forfaitaire et barème progressif n'est plus irrévocable.
À la sortie en capital, au moment de la retraite, la fiscalité se lit en deux parts. La part correspondant aux versements déduits est soumise au barème progressif de l'impôt sur le revenu, sans l'abattement de 10 % des pensions ; la part correspondant aux gains supporte le prélèvement forfaitaire de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux). Sortir en une seule fois 200 000 € de versements déduits, c'est les ajouter à ses revenus de l'année et monter mécaniquement dans les tranches à 41 % ou 45 % : la sortie fractionnée sur plusieurs années est la règle de bon sens. La sortie en rente viagère est possible, imposée comme une pension (abattement de 10 %), et irréversible.
Le PER est bloqué jusqu'à la retraite, avec six cas de déblocage anticipé : décès du conjoint ou du partenaire de PACS, invalidité, surendettement, expiration des droits au chômage, cessation d'activité non salariée après liquidation judiciaire — tous exonérés d'impôt sur le capital — et l'achat de la résidence principale, qui n'est pas exonéré : les versements déduits sont alors imposés au barème et les gains au prélèvement forfaitaire. Côté frais, le standard des bons contrats en 2026 est l'absence de frais sur versement, une gestion annuelle de 0,5 % à 0,8 % sur les unités de compte et des supports indiciels accessibles ; notre grille en six critères pour choisir un PER de dirigeant détaille ce qui élimine 80 % du marché.
L'assurance-vie : pas de déduction, mais la liquidité et la transmission
L'assurance-vie n'offre aucune déduction à l'entrée : 10 000 € versés sont 10 000 € d'épargne après impôt. En contrepartie, l'argent reste disponible à tout moment par rachat partiel ou total, sans justification, en général sous une à deux semaines. C'est l'outil de l'épargne de précaution longue, des projets à horizon indéterminé et de la trésorerie personnelle du dirigeant qui ne veut pas dépendre de sa société pour faire face à un imprévu.
La fiscalité ne porte que sur les gains compris dans le rachat, jamais sur le capital versé. Avant huit ans, les gains sont imposés au prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % (ou au barème sur option), plus 17,2 % de prélèvements sociaux. Après huit ans, un abattement annuel de 4 600 € de gains pour une personne seule (9 200 € pour un couple) s'applique, puis le taux d'impôt tombe à 7,5 % pour la part des versements inférieure à 150 000 € (12,8 % au-delà), toujours avec 17,2 % de prélèvements sociaux. Sur un contrat dont les gains représentent un tiers de la valeur, un rachat de 13 800 € par an après huit ans ne génère aucun impôt pour une personne seule, uniquement les prélèvements sociaux sur 4 600 € de gains, soit 791 €.
La transmission est l'autre force de l'enveloppe. Au décès, le capital est versé aux bénéficiaires désignés hors succession : pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 €, puis d'un prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € et de 31,25 % au-delà ; pour les primes versées après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique aux primes, les gains étant totalement exonérés. Un dirigeant de 55 ans qui verse 10 000 € par an pendant quinze ans construit ainsi une enveloppe transmissible à deux enfants sans droits de succession jusqu'à 305 000 €, hors part réservataire et hors conjoint, qui est de toute façon exonéré.
La loi de finances pour 2026 n'a rien changé à ce régime : les projets d'extension de l'impôt sur la fortune aux fonds en euros et de hausse des prélèvements sociaux sur les contrats ont été abandonnés en cours de discussion, et l'assurance-vie conserve ses 17,2 % là où le PER passe à 18,6 %. Cet écart de 1,4 point sur les gains, modeste, s'ajoute à une différence de nature : l'assurance-vie reste la seule des deux enveloppes qui ne demande pas de parier sur sa fiscalité future.
Le comparatif critère par critère
Avant de chiffrer, le comparatif critère par critère permet de voir que les deux enveloppes ne se concurrencent réellement que sur un seul point, la fiscalité de l'épargne longue ; sur la disponibilité et la transmission, l'assurance-vie n'a pas de concurrent, et sur la déduction immédiate, le PER n'en a pas non plus.
PER individuel vs assurance-vie — règles applicables en 2026
| Critère | PER individuel | Assurance-vie |
|---|---|---|
| Déduction des versements | Oui : 10 % des revenus, jusqu'à 37 680 € (salarié) ou 88 911 € (TNS) en 2026, report sur 5 ans | Non |
| Disponibilité | Bloqué jusqu'à la retraite, sauf 6 cas (dont achat de la résidence principale) | Rachat libre à tout moment |
| Fiscalité de sortie en capital | Versements déduits : barème IR ; gains : PFU 31,4 % (18,6 % de prélèvements sociaux) | Gains seuls : 17,2 % + 7,5 % après 8 ans (abattement 4 600 €/9 200 €), 12,8 % avant 8 ans |
| Sortie en rente | Possible, imposée comme une pension (abattement 10 %) | Possible, fraction imposable selon l'âge (40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans) |
| Transmission au décès | PER assurance : 152 500 € par bénéficiaire si décès avant 70 ans, 30 500 € global après 70 ans (gains compris) | 152 500 € par bénéficiaire pour les primes avant 70 ans, 30 500 € pour les primes après 70 ans (gains exonérés) |
| Versements après 70 ans | Possibles mais non déductibles depuis 2026 | Possibles, régime des 30 500 € |
| Frais standards des bons contrats | 0 % sur versement, 0,5 % à 0,8 % de gestion, supports indiciels | Identique ; fuir les 2 % à 4 % de frais d'entrée |
| Pour qui en priorité | TMI 30 % et plus, horizon supérieur à 10 ans, épargne de précaution déjà constituée | Tous ; seule option à TMI 0-11 %, à horizon court ou après 70 ans |
Le calcul chiffré : 10 000 € par an pendant 20 ans, à 30 % et à 41 % de TMI
Les chiffres qui suivent reposent sur des hypothèses explicites et volontairement prudentes : 10 000 € versés chaque année pendant 20 ans, un rendement net de frais de 4 % par an — hypothèse purement illustrative, qui n'est ni garantie ni représentative d'un contrat particulier —, une sortie en capital fractionnée sur plusieurs années pour rester dans la même tranche, des prélèvements sociaux appliqués en une fois à la sortie par simplification, et l'économie d'impôt du PER non réinvestie. Avec ces hypothèses, 10 000 € par an produisent un capital brut d'environ 297 800 €, dont 200 000 € de versements et 97 800 € de gains.
10 000 € par an pendant 20 ans à 4 % net : PER vs assurance-vie selon la TMI (ordres de grandeur, hypothèses dans le texte)
| Scénario | Effort réel sur 20 ans | Capital brut à 20 ans | Fiscalité de sortie | Net perçu |
|---|---|---|---|---|
| PER — TMI 30 % à l'entrée, 30 % à la sortie | 140 000 € (10 000 € − 3 000 € d'impôt économisé par an) | ≈ 297 800 € | IR 30 % sur 200 000 € ≈ 60 000 € + 31,4 % sur 97 800 € de gains ≈ 30 700 € | ≈ 207 000 € |
| PER — TMI 30 % à l'entrée, 11 % à la sortie | 140 000 € | ≈ 297 800 € | IR 11 % ≈ 22 000 € + 30 700 € | ≈ 245 000 € |
| PER — TMI 41 % à l'entrée, 30 % à la sortie | 118 000 € (économie de 4 100 € par an) | ≈ 297 800 € | ≈ 60 000 € + 30 700 € | ≈ 207 000 € |
| Assurance-vie — même effort que le PER à 30 % (7 000 €/an) | 140 000 € | ≈ 208 400 € | 17,2 % sur 68 400 € de gains ≈ 11 800 € + 7,5 % après abattement ≈ 4 800 € | ≈ 191 900 € |
| Assurance-vie — même effort que le PER à 41 % (5 900 €/an) | 118 000 € | ≈ 175 700 € | ≈ 9 900 € + 4 000 € | ≈ 161 800 € |
| Assurance-vie — 10 000 €/an sans déduction | 200 000 € | ≈ 297 800 € | 17,2 % sur 97 800 € ≈ 16 800 € + 7,5 % après abattement ≈ 7 000 € | ≈ 274 000 € |
Ce que le calcul montre, et ce qu'il ne montre pas
À effort d'épargne identique, le PER l'emporte nettement pour un dirigeant imposé à 30 % ou 41 % : de 15 000 € (TMI inchangée à la sortie) à 53 000 € (TMI divisée par trois) pour le premier, de 45 000 € pour le second, sur vingt ans. La raison est mécanique : l'impôt économisé à l'entrée travaille pendant vingt ans avant d'être rendu, et il est rendu à un taux souvent plus bas. La dernière ligne rappelle que l'assurance-vie conserve davantage en valeur absolue, mais pour un effort supérieur de 60 000 € : comparer 274 000 € à 207 000 € sans comparer les efforts est l'erreur la plus courante des simulateurs commerciaux, dans un sens comme dans l'autre.
Deux réserves. L'économie d'impôt du PER n'a de valeur que si elle est réellement épargnée : un dirigeant qui dépense les 3 000 € récupérés chaque année n'a pas fait un effort de 7 000 €, il a fait un effort de 10 000 € avec une dépense de 3 000 € en plus, et le PER lui rend alors moins que l'assurance-vie à versement égal. Et la TMI à la retraite n'est pas connue : un dirigeant qui cède son entreprise, perçoit des loyers ou des dividendes importants peut rester à 41 % ; dans ce cas le PER à 41 % garde un avantage (environ 23 000 € dans notre exemple), mais réduit.
Troisième réserve, rarement dite : le rendement de 4 % net est une hypothèse, pas une promesse. À 2 % net, les gains se réduisent à environ 43 000 € sur 200 000 € versés, et l'avantage fiscal du PER pèse alors davantage dans le résultat que la performance des supports ; à 6 %, c'est l'inverse, et les frais deviennent le premier déterminant. Dans tous les cas, la conclusion sur le classement reste la même à TMI élevée — seul l'écart change.
Le piège du PER à 11 %, le piège de l'assurance-vie à 41 %, et la question de l'horizon
Le piège du PER se referme sur les dirigeants faiblement imposés. À 11 % de TMI, l'économie d'impôt sur 10 000 € n'est que de 1 100 € ; l'effort réel est de 8 900 €. Placés sur une assurance-vie, ces 8 900 € par an donnent environ 265 000 € bruts à vingt ans et près de 244 000 € nets. Sur le PER, le même effort donne 297 800 € bruts, mais 245 000 € nets si la sortie reste à 11 %… et 207 000 € si la sortie se fait à 30 %, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit, car le capital retiré s'ajoute aux revenus de l'année. Le PER n'apporte donc rien à 11 % dans le meilleur des cas, et peut coûter 37 000 € dans le pire, tout en bloquant l'argent. Pour ce profil, l'assurance-vie est la réponse, et le PER ne redevient pertinent que le jour où les revenus montent.
Le piège inverse frappe les dirigeants fortement imposés qui « font de l'assurance-vie » par habitude et ne préparent pas leur retraite. À 41 % ou 45 %, chaque tranche de 10 000 € non versée sur un PER alors que le plafond est disponible, c'est 4 100 € à 4 500 € d'impôt payés pour rien cette année — et pour un TNS dont le plafond peut atteindre 88 911 €, l'enjeu annuel se compte en dizaines de milliers d'euros. Ces dirigeants ont souvent une retraite obligatoire faible rapportée à leur revenu, surtout en TNS : notre article sur le montant réel de la retraite du dirigeant montre pourquoi le taux de remplacement surprend toujours. L'assurance-vie seule ne comble pas cet écart, puisqu'elle ne réduit pas l'impôt qui ampute l'effort d'épargne.
Reste la question de l'horizon. Le PER est un outil à quinze ou vingt ans ; à moins de cinq ans de la retraite, il reste intéressant pour un dirigeant à TMI élevée (la déduction est immédiate et la sortie proche se fait à une TMI plus basse), mais le rendement de l'épargne compte alors peu. L'assurance-vie, elle, a besoin de huit ans pour délivrer sa fiscalité pleine ; ouverte tôt, même avec 100 €, elle « prend date ». Et aucune des deux n'est adaptée à un besoin à moins de trois ans : l'une est bloquée, l'autre est taxée à 30 % sur les gains avant huit ans. Pour un horizon court, un livret ou un compte à terme fait mieux.
TNS, assimilé salarié, PER d'entreprise : les cas particuliers du dirigeant
Le statut change le plafond et le calendrier. Le TNS calcule sa déduction sur le bénéfice de l'année en cours, avec la majoration de 15 % sur la fraction entre 1 et 8 PASS : à bénéfice égal, son plafond est nettement supérieur à celui d'un assimilé salarié, et il peut ajuster son versement en décembre quand il connaît son résultat. L'assimilé salarié déduit sur la base de ses revenus de l'année précédente, ce qui rend le plafond prévisible mais plus bas ; en contrepartie, sa retraite obligatoire est en général meilleure, et le besoin de PER moins criant. Dans les deux cas, le plafond disponible figure sur le dernier avis d'imposition, ligne « plafond épargne retraite ».
Lorsque la société a mis en place un PERECOL ou un PERO, l'ordre change. Le PERECOL permet un abondement de l'entreprise jusqu'à 16 % du PASS par an (7 690 € en 2026), dans la limite du triple du versement du bénéficiaire, exonéré d'impôt et de cotisations (hors CSG/CRDS) et de forfait social sous 50 salariés : un dirigeant de TPE qui y a droit a intérêt à saturer l'abondement avant tout versement sur un PER individuel, puisque personne ne lui rendra 300 % sur un versement ailleurs. Le PERO, financé par des cotisations obligatoires déductibles pour l'entreprise, s'adresse plutôt aux catégories de salariés à fidéliser ; notre article sur le PERCOL et le PERO comme leviers de fidélisation des salariés clés compare les deux.
Le dirigeant qui cumule les trois (PERECOL, PER individuel, assurance-vie) doit surveiller un point technique : les cotisations obligatoires et l'abondement réduisent le plafond de déduction disponible pour le PER individuel. L'avis d'imposition en tient compte, les simulateurs commerciaux rarement. Enfin, les anciens contrats (PERP, Madelin retraite, article 83) peuvent être transférés vers un PER ; ce transfert est en général favorable pour la souplesse de sortie, sauf lorsque l'ancien contrat porte une garantie de taux ou de table de mortalité qu'un transfert détruit définitivement.
« Les deux », dans quel ordre : la priorité par profil, les frais, et quand ne rien faire
Dans la plupart des situations, la bonne réponse n'est pas « PER ou assurance-vie » mais « les deux, dans cet ordre ». L'assurance-vie reçoit d'abord l'épargne de précaution longue et les projets à horizon libre ; le PER reçoit ensuite, à hauteur de l'économie d'impôt réellement supportable, l'épargne que l'on accepte de ne plus revoir avant la retraite. Le dosage dépend de la TMI, de l'horizon, de la présence d'un plan d'entreprise et de l'âge.
Quel que soit l'ordre, les frais décident d'une part considérable du résultat. Sur vingt ans, 1 % de frais annuels en trop représente de l'ordre de 15 % à 20 % de capital en moins ; dans notre exemple à 297 800 €, c'est 45 000 € à 60 000 € captés par la chaîne de frais, soit davantage que l'avantage fiscal du PER lui-même. Les deux enveloppes se négocient avec les mêmes standards, listés ci-dessous.
Il y a enfin des situations où ne rien faire — ni PER, ni assurance-vie — est la bonne réponse pour l'année. Un dirigeant qui porte un crédit à la consommation à 6 % ou un découvert professionnel garanti personnellement n'a aucun placement qui batte le remboursement de cette dette, net d'impôt et sans risque. Un dirigeant dont la trésorerie personnelle couvre moins de trois mois de dépenses ne doit pas bloquer un euro sur un PER, et devrait constituer cette réserve avant de chercher une fiscalité. Un dirigeant sans prévoyance en place verse 10 000 € pour sa retraite dans trente ans alors qu'un arrêt de travail de six mois mettrait son foyer en difficulté l'an prochain : l'ordre est à revoir. Et un dirigeant en tranche à 11 % qui hésite depuis des mois peut arrêter d'hésiter : l'assurance-vie, à son rythme, suffit.
- Frais sur versement : 0 % est la norme des bons contrats ; les 2 % à 4 % encore pratiqués dans certains réseaux sont éliminatoires.
- Frais de gestion annuels de l'enveloppe : 0,5 % à 0,8 % sur les unités de compte ; au-delà de 1 %, changer de contrat.
- Frais des supports : fonds indiciels à 0,1 % à 0,4 % par an contre 1,5 % à 2 % pour les fonds gérés classiques ; un contrat sans supports indiciels condamne à la couche chère.
- Frais d'arbitrage et de gestion pilotée : 0 € d'arbitrage sur les bons contrats, gestion pilotée entre 0,2 % et 0,6 % si sa composition est lisible.
- Frais de transfert : plafonnés par la loi sur le PER (1 % du capital, puis 0 après 5 ans de détention) ; un contrat qui complique le transfert annonce la couleur.
Ordre de priorité indicatif par profil de dirigeant — 2026
| Profil | Priorité 1 | Priorité 2 | Priorité 3 |
|---|---|---|---|
| TNS, TMI 41 % ou 45 %, retraite dans plus de 10 ans | PER individuel jusqu'au plafond utile (jusqu'à 88 911 €) | Assurance-vie pour la liquidité et la transmission | PER du conjoint (mutualisation des plafonds) |
| Dirigeant TMI 30 %, épargne de précaution insuffisante | Assurance-vie (6 mois de dépenses, puis projets) | PER à hauteur de l'impôt économisé que l'on sait réépargner | Abondement PERECOL si la société en a un |
| Dirigeant ou salarié avec PERECOL abondé | Versement PERECOL pour saturer l'abondement (jusqu'à 7 690 €) | PER individuel si TMI de 30 % ou plus | Assurance-vie |
| TMI 0 % ou 11 % | Assurance-vie | Livret ou compte à terme pour le court terme | PER seulement quand les revenus montent |
| Plus de 60 ans, TMI élevée, retraite dans 3 à 5 ans | PER (déduction immédiate, sortie proche à TMI plus basse) | Assurance-vie déjà ouverte pour les rachats | Rien d'autre : pas de nouveau produit à cet horizon |
| Plus de 70 ans | Assurance-vie (régime des 30 500 €) | Rachats programmés sur les anciens contrats | PER : plus de déduction depuis 2026 |
Ce qu'il faut retenir avant de verser
La réponse nette : à 30 % et au-delà, le PER individuel gagne à effort égal, de 15 000 € à plus de 50 000 € sur vingt ans dans notre exemple à 10 000 € par an, à condition d'épargner réellement l'impôt économisé et de sortir à une TMI inférieure ou égale ; à 11 % ou moins, le PER n'apporte rien et peut coûter, et l'assurance-vie est la réponse. Entre les deux, pour la plupart des dirigeants de TPE/PME, la bonne réponse est « les deux » : l'assurance-vie d'abord pour la liquidité et la transmission, le PER ensuite pour la retraite, dans l'ordre du tableau de priorité.
Le coût de l'inaction se chiffre. Un TNS à 41 % qui laisse 20 000 € de plafond PER inutilisé paie 8 200 € d'impôt de plus cette année, et le report sur cinq ans ne fait que repousser la perte. Un dirigeant qui garde 50 000 € sur un livret ou un compte courant pendant dix ans au lieu d'une assurance-vie ouverte tôt perd le bénéfice des huit ans de maturité fiscale et des abattements annuels — plusieurs milliers d'euros de gains taxés à 30 % au lieu de 17,2 %. Et un dirigeant qui accepte 2 % de frais d'entrée et 1,5 % de gestion sur l'une ou l'autre enveloppe cède 15 % à 20 % de son capital final sans s'en apercevoir.
La prochaine étape concrète : relever le plafond épargne retraite disponible sur votre dernier avis d'imposition, estimer votre TMI actuelle et celle, probable, de votre retraite, vérifier que la réserve de précaution et la prévoyance sont en place, puis répartir le versement de l'année entre les deux enveloppes selon le tableau de priorité. Si vous souhaitez confronter ce raisonnement à votre situation globale — statut, retraite obligatoire, épargne salariale, transmission —, le diagnostic gratuit en ligne et l'appel découverte de 30 minutes d'EXP Capital existent pour cela, sans engagement. Pour la dimension patrimoniale de l'enveloppe, lisez « Assurance-vie du dirigeant : pourquoi elle mérite une place à côté du PER ».
Questions fréquentes
- Quel est le plafond de déduction du PER en 2026 ?
- 10 % des revenus professionnels de 2025 dans la limite de 37 680 € pour un salarié ou un dirigeant assimilé salarié (plancher 4 710 €). Pour un TNS : 10 % du bénéfice 2026 plafonné à 38 448 €, plus 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 48 060 € et 384 480 €, soit jusqu'à 88 911 €. Les plafonds non utilisés se reportent désormais sur 5 ans.
- Le PER est-il encore intéressant après 70 ans depuis la loi de finances 2026 ?
- Les versements effectués à partir de 70 ans ne sont plus déductibles depuis le 1er janvier 2026 ; ils restent possibles et sont exonérés d'impôt à la sortie, seuls les gains étant taxés à 31,4 %. Sans déduction, le PER perd son intérêt principal : passé 70 ans, l'assurance-vie, avec son abattement de 30 500 € et des gains exonérés de droits de succession, est généralement préférable.
- Comment est imposée la sortie en capital d'un PER en 2026 ?
- La part correspondant aux versements déduits est ajoutée au revenu imposable et soumise au barème progressif, sans abattement de 10 % ; la part correspondant aux gains supporte le prélèvement forfaitaire de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis 2026). Fractionner la sortie sur plusieurs années évite de monter de tranche.
- L'assurance-vie est-elle concernée par la hausse de la CSG de 2026 ?
- Non. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a porté la CSG sur les produits de placement de 9,2 % à 10,6 %, mais les produits des contrats d'assurance-vie et de capitalisation ont été maintenus à 9,2 % : les prélèvements sociaux restent à 17,2 % sur l'assurance-vie, contre 18,6 % sur les gains d'un PER ou d'un compte-titres.
- Peut-on débloquer un PER pour acheter sa résidence principale ?
- Oui, c'est l'un des six cas de déblocage anticipé, mais le seul qui n'est pas exonéré : les versements déduits sont alors imposés au barème et les gains au prélèvement de 31,4 %. Pour un projet immobilier à moins de dix ans, l'assurance-vie ou un livret sont de meilleurs réceptacles que le PER.
- Faut-il transférer un vieux contrat Madelin retraite ou un PERP vers un PER ?
- Souvent oui, pour la sortie en capital et des frais généralement plus bas, mais pas toujours : certains anciens contrats garantissent un taux technique ou une table de mortalité pour la rente, avantages définitivement perdus au transfert. Une analyse ligne à ligne s'impose avant de signer, en particulier au-delà de 55 ans.
- Quelle différence entre PER et assurance-vie en cas de décès ?
- Sur un PER assurance, c'est l'âge au décès qui compte : avant 70 ans, 152 500 € d'abattement par bénéficiaire ; après, 30 500 € global sur l'ensemble, gains compris. Sur l'assurance-vie, c'est l'âge au versement : 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans, 30 500 € pour les primes versées après, avec des gains exonérés. L'assurance-vie reste l'outil de transmission le plus souple.
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