Décès du dirigeant : que devient l’entreprise dans les 30 jours, les 6 mois, et après ?
Au décès du dirigeant, l’entreprise ne s’arrête pas juridiquement, mais elle perd en une journée son signataire bancaire, son représentant légal et souvent ses accès informatiques. Les comptes de la société ne sont pas bloqués, contrairement aux comptes personnels du défunt ; en revanche, plus personne ne peut valablement l’engager tant qu’un nouveau dirigeant n’est pas nommé : 8 jours de délai de convocation minimum en SARL, ce que prévoient les statuts en SAS, l’accord des héritiers en EURL ou SASU. Dans les 6 mois, la déclaration de succession doit être déposée (abattement de 100 000 € par enfant, conjoint exonéré, taux de 20 % à 45 % en ligne directe). Au-delà, tout dépend de ce qui a été préparé : statuts, mandat à effet posthume, prévoyance décès, homme clé, garantie croisée.
Les 30 premiers jours : ce qui se bloque vraiment, et ce qui ne se bloque pas
Premier malentendu à dissiper : la banque. Le décès d’un dirigeant n’entraîne pas le blocage des comptes de la société. Ce sont les comptes personnels du défunt qui sont gelés jusqu’au règlement de la succession, à l’exception du compte joint, que le conjoint peut continuer d’utiliser. La personne morale continue d’exister, d’encaisser ses clients et de voir passer ses prélèvements. Ce qui disparaît, c’est le pouvoir de signer : les procurations, cartes et accès de banque en ligne attachés au dirigeant s’éteignent avec lui, et la banque suspend toute opération qui reposait sur sa seule signature tant qu’un nouveau représentant légal n’apparaît pas sur l’extrait Kbis.
Si le dirigeant était l’unique signataire, plus personne ne peut valider le virement de paie, signer un chèque, débloquer une ligne de crédit ou accepter un prélèvement. La paie du mois devient la première urgence : les salariés doivent être payés à la date habituelle, la déclaration sociale nominative doit partir, cotisations et TVA restent dues aux échéances normales. L’administration n’accorde aucun délai automatique parce que le chef d’entreprise est décédé ; un retard déclenche les pénalités ordinaires, sauf demande de remise gracieuse ensuite. Une délégation de pouvoirs écrite au profit d’un directeur survit en principe, car elle émane de la société, mais beaucoup de banques exigent la confirmation du nouveau dirigeant avant de la réactiver.
S’ajoutent les sujets très concrets que personne n’anticipe : mots de passe de la messagerie, de l’espace URSSAF, du logiciel de facturation, du compte fiscal de la société, téléphone professionnel qui porte la double authentification de tous les services. Il faut aussi prévenir l’expert-comptable, les assureurs (prévoyance, homme clé, multirisque), les principaux clients et fournisseurs, et le greffe. Le capital décès de la Sécurité sociale se demande vite, les ayants droit prioritaires disposant d’un mois pour faire valoir leur priorité ; il est modeste : 4 009 € depuis le 1er avril 2026 pour un dirigeant assimilé salarié, 9 612 € (20 % du plafond annuel de la Sécurité sociale) pour un indépendant non retraité, plus 2 403 € par enfant à charge dans ce second régime.
Qui dirige pendant la vacance : SARL, SAS, EURL et SASU ne répondent pas pareil
En SARL, la loi organise la suite. En cas de décès du gérant unique, le commissaire aux comptes s’il en existe un, ou n’importe quel associé, quelle que soit sa participation, peut convoquer l’assemblée à seule fin de nommer un nouveau gérant, avec un délai de convocation réduit à 8 jours au lieu des 15 jours habituels (article L. 223-27 du Code de commerce). La nomination se fait à la majorité absolue des parts et le nouveau gérant est opposable aux tiers dès la publication au registre. Entre convocation, assemblée, dépôt au greffe et mise à jour du Kbis, comptez deux à quatre semaines si les associés agissent sans délai. S’il existe un cogérant, il reprend seul les rênes sans formalité.
En SAS, rien n’est prévu par la loi : c’est le règne des statuts. S’ils désignent un directeur général ou organisent le remplacement du président (désignation par l’associé majoritaire, par un comité, par les associés à une majorité donnée), la vacance dure quelques jours. S’ils sont muets, il faut réunir les associés selon les règles de décision collective, et toute ambiguïté sur qui convoque et à quelle majorité tourne au blocage, parfois réglé par la désignation judiciaire d’un administrateur provisoire. La liberté statutaire de la SAS est un avantage tant que quelqu’un l’a utilisée ; elle devient un piège quand les statuts sortent d’un modèle qui n’a pas prévu la mort du président.
En EURL ou en SASU, le dirigeant est le plus souvent l’associé unique. À son décès, ses titres tombent dans la succession et les héritiers se retrouvent en indivision : ils doivent se mettre d’accord pour nommer un dirigeant, ce qui suppose d’abord de savoir qui a le droit de voter. Tant que la succession n’est pas réglée, l’indivision prend les décisions de gestion courante à la majorité des deux tiers des droits indivis et les décisions graves à l’unanimité, ou désigne un mandataire. Avec des héritiers mineurs, un conjoint survivant et des enfants d’une première union, cette phase peut durer des mois, pendant lesquels la société n’a ni représentant clair ni capacité d’emprunter. Le tableau ci-dessous résume les différences, entreprise individuelle comprise.
Ce qui se passe au décès du dirigeant selon la forme juridique (2026)
| Point | SARL / EURL | SAS / SASU | Entreprise individuelle |
|---|---|---|---|
| La société continue-t-elle ? | Oui, sauf clause statutaire de dissolution | Oui, sauf clause statutaire de dissolution | L’entreprise entre dans la succession ; les héritiers poursuivent, cèdent ou ferment |
| Qui dirige le lendemain ? | Le cogérant s’il existe ; sinon personne jusqu’à l’assemblée | Le directeur général s’il existe ; sinon ce que prévoient les statuts | Personne : les héritiers en indivision, souvent le conjoint ou un mandataire |
| Comment nommer un remplaçant ? | Assemblée convoquée par tout associé ou le commissaire aux comptes, délai réduit à 8 jours, majorité absolue des parts | Selon les statuts uniquement ; à défaut, décision collective des associés ou administrateur provisoire | Reprise par un héritier ou le conjoint, avec nouvelles formalités d’immatriculation |
| Sort des titres | Parts transmises aux héritiers, sauf clause d’agrément ou de continuation | Actions transmises aux héritiers, sauf clauses statutaires (agrément, exclusion, rachat) | Pas de titres : actifs et dettes professionnels réunis au patrimoine personnel |
| Agrément des héritiers possible ? | Oui, par les statuts (art. L. 223-13), rachat à la valeur au jour du décès en cas de refus | Oui, par les statuts, selon des modalités librement rédigées | Sans objet |
| Outils de prévention utiles | Cogérance, clause de continuation, garantie croisée, mandat à effet posthume | Directeur général, clause de succession du président, pacte d’associés, garantie croisée | Mandat à effet posthume, prévoyance décès, passage en société si l’activité a de la valeur |
Parts et actions : indivision, agrément, héritiers mineurs et conjoint survivant
Les titres du dirigeant se transmettent à ses héritiers selon les règles de la succession, en pleine propriété ou démembrés entre le conjoint et les enfants. En SARL, les parts sont librement transmissibles par voie de succession, mais les statuts peuvent soumettre l’entrée d’un héritier, du conjoint ou d’un descendant à l’agrément des associés survivants (article L. 223-13 du Code de commerce). Les associés ont alors trois mois pour se prononcer ; un refus les oblige à acquérir ou faire acquérir les parts à leur valeur au jour du décès, fixée à défaut d’accord par un expert. Sans réponse dans le délai, l’agrément est réputé acquis. Les statuts peuvent aussi prévoir que la société continuera avec les seuls associés survivants, avec le conjoint, ou avec un héritier désigné.
Tant que le partage n’est pas fait, les titres sont en indivision successorale, source de blocage la plus fréquente : chaque décision importante exige un accord, un héritier absent ou hostile paralyse les autres, et la société attend. Lorsque certains héritiers sont mineurs, leurs parents exercent l’administration légale, mais plusieurs actes graves sur les titres, comme une cession ou une renonciation, nécessitent l’autorisation du juge des tutelles. Une entreprise dont 40 % du capital appartient à deux enfants de 9 et 12 ans ne se vend pas et ne se recapitalise pas d’un claquement de doigts. L’attribution préférentielle permet toutefois au conjoint ou à l’héritier qui participait à l’exploitation de se faire attribuer l’entreprise au partage, contre une soulte.
Le régime matrimonial change la donne avant même l’ouverture de la succession. Sous le régime légal de la communauté réduite aux acquêts, les parts acquises ou souscrites pendant le mariage avec des fonds communs sont des biens communs, même si seul le dirigeant était associé : la moitié de leur valeur revient au conjoint survivant au titre de la liquidation de la communauté, et seule l’autre moitié entre dans la succession. En séparation de biens, les titres appartiennent entièrement au dirigeant. Le conjoint survivant, en présence d’enfants communs, choisit entre l’usufruit de toute la succession et le quart en pleine propriété ; en présence d’enfants d’une autre union, il n’a droit qu’au quart en pleine propriété. Un testament peut aménager cette place, dans la limite de la réserve des enfants.
Droits de succession, valorisation et Pacte Dutreil : la facture dans les 6 mois
La déclaration de succession doit être déposée dans les six mois du décès en France métropolitaine, et les droits sont en principe payés au même moment. Pour 2026, le barème en ligne directe applique, après un abattement de 100 000 € par enfant, des taux de 5 % jusqu’à 8 072 €, 10 % jusqu’à 12 109 €, 15 % jusqu’à 15 932 €, 20 % jusqu’à 552 324 €, 30 % jusqu’à 902 838 €, 40 % jusqu’à 1 805 677 € et 45 % au-delà. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés. Entre frères et sœurs, l’abattement n’est que de 15 932 € avec des taux de 35 % puis 45 % ; pour les neveux, 7 967 € d’abattement et un taux de 55 %.
Le vrai sujet est la valorisation. Une PME qui vaut 1,5 M€ transmise à deux enfants sans aucune préparation représente 750 000 € par enfant, soit 650 000 € taxables chacun après abattement et environ 138 000 € de droits par tête, à payer dans les six mois alors que l’actif est un bloc d’actions non liquides. L’administration admet, pour les transmissions d’entreprise, un paiement différé puis fractionné sous conditions, mais les intérêts courent et la contrainte demeure. Ce décalage entre une richesse sur le papier et une trésorerie familiale inexistante explique bon nombre de ventes précipitées, à mauvais prix, dans l’année qui suit un décès.
Le Pacte Dutreil est l’outil central pour amortir ce choc : sous conditions d’engagements de conservation des titres et d’exercice d’une fonction de direction, il exonère 75 % de la valeur transmise. Ses conditions, sa réforme récente et son exemple chiffré sont détaillés dans notre article « Pacte Dutreil : combien coûte vraiment la transmission de votre entreprise après la réforme 2026 ? ». Retenez simplement que sans engagement signé avant le décès, l’exonération est bien plus difficile à obtenir. Les capitaux d’assurance décès, eux, échappent aux droits de succession : le conjoint ou partenaire de PACS bénéficiaire ne paie rien, et les autres bénéficiaires profitent d’un abattement de 152 500 € chacun pour les primes versées avant 70 ans, puis d’un prélèvement de 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà. C’est ce qui rend la prévoyance si efficace pour payer les droits sans vendre.
Les contrats qui jouent vraiment : prévoyance, homme clé, garantie croisée, et les dettes qui restent
La prévoyance décès est le premier filet, et le plus mal connu. Un contrat collectif d’entreprise (obligatoire pour les cadres à hauteur d’une cotisation patronale de 1,5 % de la tranche 1 du salaire) ou un contrat Madelin pour un dirigeant non salarié verse aux bénéficiaires désignés un capital, exprimé en pourcentage du salaire ou en montant fixe, parfois complété d’une rente de conjoint ou d’une rente éducation. Le capital est versé hors succession, en quelques semaines si le dossier est complet. Pour un dirigeant rémunéré 60 000 € par an avec un capital de 300 %, cela représente 180 000 € pour la famille, là où la Sécurité sociale verse 4 009 € ou 9 612 € selon le statut.
L’assurance homme clé fonctionne à l’envers : l’entreprise est bénéficiaire. Elle perçoit une indemnité destinée à compenser la perte d’exploitation, financer un remplaçant ou rassurer la banque. Cette indemnité est imposable à l’impôt sur les sociétés, avec possibilité d’étalement sur cinq ans sous conditions (article 38 quater du CGI). Elle ne va donc pas à la famille : un dirigeant qui croit son conjoint protégé par son contrat homme clé se trompe de bénéficiaire. Pour les tarifs et le calcul du capital, voir « Assurance homme clé : combien ça coûte en 2026 (et comment calculer le bon capital) ? ».
La garantie croisée entre associés répond à un troisième besoin : éviter que les héritiers deviennent associés malgré eux, ou que les survivants héritent d’un partenaire qu’ils n’ont pas choisi. Chaque associé assure le décès des autres ; au décès de l’un, les survivants touchent un capital qui leur permet de racheter ses parts aux héritiers, au prix fixé dans le pacte d’associés ou par une méthode de valorisation convenue. Les héritiers reçoivent de la trésorerie au lieu de titres illiquides, les survivants gardent le contrôle. Nos articles « Garantie croisée entre associés : combien ça coûte et comment ça marche en 2026 ? » et « Assurance homme clé vs garantie croisée entre associés : de laquelle avez-vous vraiment besoin ? » détaillent le montage et son prix.
En face de ces capitaux, il y a les dettes qui survivent. Les emprunts de la société restent dus par la société, mais la caution personnelle signée par le dirigeant ne s’éteint pas avec lui : elle se transmet à ses héritiers pour les dettes nées avant le décès, sauf renonciation à la succession. Un compte courant d’associé créditeur est un actif successoral que les héritiers peuvent réclamer à la société, parfois au pire moment pour sa trésorerie. L’assurance emprunteur d’un crédit professionnel rembourse le capital restant dû si le dirigeant y était assuré, ce qui libère la caution : vérifier la quotité fait partie des gestes de base. Notre article « Caution personnelle du dirigeant : le risque que vous avez signé sans le mesurer » explique comment limiter cette exposition de son vivant.
Les erreurs typiques, et les deux mandats que presque personne ne signe
Les dossiers qui tournent mal partagent les mêmes causes, et aucune n’est une fatalité : statuts muets sur le remplacement du dirigeant, signataire bancaire unique, accès numériques enfermés dans un téléphone personnel, pacte d’associés jamais signé ou sans clause de rachat, clause bénéficiaire qui désigne encore un ex-conjoint, holding où le même dirigeant préside la mère et toutes les filiales, ce qui multiplie les vacances de pouvoir. Dans les entreprises familiales, l’absence de tout document indiquant qui reprend transforme le deuil en négociation. La liste ci-dessous reprend les plus fréquentes.
Le mandat de protection future et le mandat à effet posthume sont deux outils distincts, souvent confondus. Le premier couvre l’incapacité du vivant : il désigne la personne qui gérera les affaires du dirigeant s’il ne peut plus le faire lui-même, après un accident ou une maladie ; il peut être notarié ou sous seing privé contresigné par un avocat, et ne produit aucun effet au décès. Le second ne joue qu’à l’ouverture de la succession : le dirigeant désigne de son vivant un mandataire qui administrera tout ou partie de sa succession, y compris ses titres de société, pour le compte et dans l’intérêt des héritiers.
Le mandat à effet posthume obéit à des règles strictes : il doit être reçu par un notaire, accepté par le mandataire avant le décès, et justifié par un intérêt sérieux et légitime tenant à la personne de l’héritier (âge, inaptitude) ou au patrimoine, notamment la présence de biens professionnels à gérer. Il est donné pour deux ans, ou cinq ans lorsque l’âge ou l’inaptitude des héritiers ou la gestion de biens professionnels le justifient, et peut être prorogé par le juge. Le mandataire, personne physique (héritier compris) ou morale, doit avoir la pleine capacité civile et ne pas être interdit de gérer. Pour un chef d’entreprise, il désigne à l’avance qui votera avec les titres et nommera un dirigeant de transition : il comble le vide des premiers mois, si dangereux en SASU ou avec des héritiers mineurs.
- Statuts qui ne prévoient ni cogérant, ni directeur général, ni mode de remplacement du dirigeant décédé.
- Un seul signataire bancaire, aucune procuration de secours, aucune délégation de pouvoirs écrite.
- Accès numériques (banque, URSSAF, impôts, facturation, messagerie) verrouillés par une double authentification sur un téléphone personnel.
- Clause bénéficiaire de la prévoyance jamais mise à jour après un divorce, un remariage ou une naissance.
- Pacte d’associés absent ou sans clause de rachat des titres au décès, donc des héritiers associés malgré eux.
- Aucun mandat de protection future ni mandat à effet posthume, alors qu’il y a des héritiers mineurs ou en désaccord.
- Caution personnelle non plafonnée et assurance emprunteur sous-dimensionnée sur les crédits professionnels.
La checklist en 10 points à faire de son vivant
Tout ce qui précède se prépare en quelques semaines, pour un coût qui se compte en centaines ou en milliers d’euros, pas en dizaines de milliers. L’ordre ci-dessous va du plus urgent au plus structurant : les quatre premiers points se règlent avec la banque, l’expert-comptable et un avocat ou un juriste ; les suivants mobilisent un notaire et un courtier ou un conseil en prévoyance. Chaque point est à revoir à chaque événement de vie (mariage, divorce, naissance, entrée d’un associé, création d’une holding) et au minimum tous les trois ans.
Deux précisions pour éviter les faux pas. La clause bénéficiaire standard « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, à défaut mes héritiers » couvre la plupart des situations, mais un dirigeant remarié avec des enfants d’une première union, ou en concubinage, a besoin d’une rédaction sur mesure. Et la valorisation prévue dans le pacte pour le rachat au décès doit reposer sur une formule claire (multiple d’EBE, actif net corrigé, moyenne de méthodes) pour épargner aux héritiers et aux survivants une bataille d’experts.
- 1. Nommer un cogérant ou un directeur général, ou prévoir dans les statuts qui remplace le dirigeant et comment.
- 2. Désigner un second signataire bancaire ou une procuration de secours, et formaliser une délégation de pouvoirs écrite.
- 3. Consigner les accès critiques (banque, administrations, logiciels, nom de domaine) dans un coffre numérique ou un pli scellé chez le notaire, avec une procédure de récupération.
- 4. Vérifier les cautions personnelles en cours, négocier leur plafonnement et contrôler la quotité de l’assurance emprunteur sur chaque crédit professionnel.
- 5. Souscrire ou réviser une prévoyance décès (collective ou Madelin) dimensionnée sur les besoins réels de la famille, et relire la clause bénéficiaire.
- 6. Avec des associés : signer un pacte avec clause de rachat au décès et méthode de valorisation, financé par une garantie croisée.
- 7. Étudier une assurance homme clé si la banque, un contrat majeur ou la marge dépendent de la personne du dirigeant.
- 8. Signer un mandat à effet posthume (notaire) si des héritiers sont mineurs, éloignés ou en désaccord, et un mandat de protection future pour le cas d’incapacité.
- 9. Préparer la fiscalité : engagement Dutreil, éventuelle donation-partage, choix du régime matrimonial, testament pour organiser la place du conjoint.
- 10. Rédiger une note de continuité d’une page (qui appeler, où sont les documents, quelles décisions prendre en premier) connue de l’expert-comptable et d’un proche.
Pour qui le sujet est moins critique, et quand il ne faut pas sur-assurer
Tous les dirigeants n’ont pas besoin de l’arsenal complet. Un consultant en SASU sans salarié, sans dette bancaire, sans caution, dont l’activité repose entièrement sur sa personne, n’a pas d’entreprise à sauver : à son décès, il n’y a rien à reprendre, seulement une société à liquider proprement. Pour lui, l’assurance homme clé n’a aucun sens, la garantie croisée non plus faute d’associé, et l’effort doit porter sur la prévoyance décès au profit de la famille et sur l’accès aux comptes, pour que la clôture soit rapide et sans pénalité.
À l’inverse, une entreprise avec des salariés, un stock, des contrats en cours et une banque exposée ne peut pas se contenter d’une prévoyance. Mais même là, il faut doser : un capital homme clé surdimensionné coûte chaque année des primes non récupérables, et une garantie croisée mal calibrée assure des montants que les survivants n’auraient jamais à débourser. Le bon ordre de grandeur se calcule à partir des besoins concrets (droits de succession estimés, remboursement des cautions, trésorerie de six à douze mois, prix de rachat des parts), pas d’une règle de pouce. Le sujet relève d’abord du notaire et de l’avocat pour les statuts, le régime matrimonial et les mandats, de l’expert-comptable pour la valorisation, du courtier ou du conseil en prévoyance pour les contrats ; un dirigeant déjà équipé n’a besoin que d’une relecture annuelle.
Ce qu’il faut retenir
Que devient l’entreprise au décès de son dirigeant ? Dans les 30 jours, elle survit sur son élan mais sans personne pour signer, jusqu’à la nomination d’un remplaçant que la loi encadre en SARL (8 jours de convocation) et que seuls les statuts organisent en SAS. Dans les 6 mois, la succession se règle avec sa fiscalité, ses indivisions et ses éventuels agréments. Après, l’entreprise appartient à ceux qui ont hérité des titres, ou à ceux qui ont eu les moyens de les racheter. Le droit comble une partie des vides ; le reste dépend de documents signés avant.
Le coût de l’inaction se chiffre vite. Une PME de 1,5 M€ transmise sans Dutreil à deux enfants génère de l’ordre de 138 000 € de droits par enfant, exigibles dans les six mois, contre une fraction de cette somme avec un engagement signé ; une caution de 200 000 € non couverte par une assurance emprunteur se transmet aux héritiers ; trois mois de vacance de direction suffisent à perdre un client majeur ou une ligne de crédit. En face, une prévoyance décès de 200 000 € coûte souvent quelques centaines d’euros par an à un dirigeant de 45 ans en bonne santé, et un mandat à effet posthume se rédige en un rendez-vous chez le notaire.
La prochaine étape tient en une heure : relire les statuts, lister les signataires bancaires, retrouver sa clause bénéficiaire et ses cautions, puis prendre rendez-vous avec son notaire pour les mandats et avec un conseil pour la prévoyance. Le diagnostic gratuit en ligne d’EXP Capital et l’appel découverte de 30 minutes existent pour faire ce point sans engagement, parmi d’autres interlocuteurs possibles. Si vous avez des associés, lisez ensuite « Assurance homme clé vs garantie croisée entre associés : de laquelle avez-vous vraiment besoin ? » : c’est le complément naturel de cet article.
Questions fréquentes
- Les comptes bancaires de la société sont-ils bloqués au décès du gérant ?
- Non. Seuls les comptes personnels du défunt sont gelés jusqu’au règlement de la succession. Les comptes de la société restent ouverts, mais la banque suspend les opérations qui exigeaient la signature du gérant décédé tant qu’un nouveau représentant légal n’est pas inscrit au Kbis. Un second signataire désigné à l’avance évite ce blocage, qui dure en pratique de deux à quatre semaines.
- Qui peut convoquer l’assemblée pour nommer un nouveau gérant de SARL ?
- En cas de décès du gérant unique, le commissaire aux comptes ou n’importe quel associé, quelle que soit sa participation, peut convoquer l’assemblée à seule fin de nommer un nouveau gérant, avec un délai de convocation réduit à 8 jours (article L. 223-27 du Code de commerce). La nomination se fait à la majorité absolue des parts. En SAS, ce sont les statuts qui fixent la procédure.
- Les héritiers deviennent-ils automatiquement associés ?
- En SARL, oui, sauf si les statuts prévoient une clause d’agrément ou de continuation avec les seuls associés survivants (article L. 223-13). En cas de refus d’agrément, les associés doivent racheter les parts à leur valeur au jour du décès. En SAS, tout dépend des statuts et du pacte d’associés. Dans tous les cas, les héritiers sont d’abord en indivision jusqu’au partage.
- Combien de droits de succession sur une entreprise transmise aux enfants en 2026 ?
- Après un abattement de 100 000 € par enfant, le barème en ligne directe va de 5 % à 45 %, avec 20 % entre 15 932 € et 552 324 € et 30 % jusqu’à 902 838 €. Une part de 750 000 € génère environ 138 000 € de droits. Le Pacte Dutreil exonère 75 % de la valeur des titres sous conditions d’engagements de conservation et de direction.
- Le capital de l’assurance homme clé est-il versé à la famille ?
- Non. L’assurance homme clé est souscrite par l’entreprise, à son profit : l’indemnité compense la perte d’exploitation et le coût du remplacement, et elle est imposable à l’impôt sur les sociétés avec un étalement possible sur cinq ans. La famille est protégée par la prévoyance décès (contrat collectif ou Madelin), dont le capital est versé hors succession aux bénéficiaires désignés.
- La caution personnelle du dirigeant disparaît-elle avec lui ?
- Non. La caution garantissant les dettes de la société nées avant le décès se transmet aux héritiers, qui ne peuvent y échapper qu’en renonçant à la succession. L’assurance emprunteur attachée au crédit rembourse le capital restant dû si le dirigeant y était assuré, ce qui libère la caution ; vérifier la quotité assurée et plafonner les cautions sont deux gestes à faire de son vivant.
- Qu’est-ce qu’un mandat à effet posthume et combien de temps dure-t-il ?
- C’est un acte notarié par lequel le dirigeant désigne de son vivant la personne qui gérera tout ou partie de sa succession, y compris ses titres de société, pour le compte des héritiers. Il doit être justifié par un intérêt sérieux et légitime, accepté par le mandataire avant le décès, et dure deux ans, ou cinq ans en présence d’héritiers mineurs ou inaptes ou de biens professionnels, prorogeable par le juge.
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