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Conseil20 min de lectureMis à jour le 14 octobre 2026

11 salariés : le CSE devient obligatoire — combien ça coûte et à quoi vous engagez-vous en 2026 ?

Le CSE devient obligatoire quand l’effectif atteint 11 salariés pendant 12 mois consécutifs : vous informez alors le personnel, et le premier tour se tient au plus tard 90 jours après. Entre 11 et 49 salariés, la loi n’impose ni budget de fonctionnement (0,20 % de la masse salariale brute à partir de 50 salariés) ni budget social. Le coût vient du temps : 10 heures de délégation par mois et par titulaire, une réunion mensuelle et 5 jours de formation par élu. Avec les hypothèses de cet article, comptez environ 4 300 à 5 400 € par an à 12 salariés et 8 500 à 10 800 € à 30 salariés, soit moins d’un point de masse salariale.

Le seuil : onze salariés pendant douze mois consécutifs, et la façon de les compter

La règle tient en deux phrases de l’article L. 2311-2 du Code du travail : un comité social et économique est mis en place dans les entreprises d’au moins onze salariés, et cette mise en place n’est obligatoire que si l’effectif d’au moins onze salariés est atteint pendant douze mois consécutifs. Le mot « consécutifs » compte : un onzième salarié présent huit mois, puis un départ, ne déclenche rien, et le décompte repart de zéro. Ni un salarié ni un syndicat n’a besoin de vous le demander : l’initiative appartient à l’employeur, dès le douzième mois.

Onze salariés ne veut pas dire onze personnes. L’effectif suit l’article L. 1111-2 : les CDI à temps plein comptent pour un ; les salariés à temps partiel comptent en divisant la somme des heures de leurs contrats par la durée légale ou conventionnelle ; les CDD, les intérimaires, les salariés intermittents et les salariés mis à disposition présents dans vos locaux depuis au moins un an comptent au prorata de leur présence sur les douze mois précédents. Les CDD ou intérimaires qui remplacent un salarié absent sont exclus, puisque l’absent reste compté. Les apprentis, les contrats de professionnalisation et les contrats aidés pendant la durée de l’aide sont exclus par l’article L. 1111-3.

Un exemple montre l’écart. Huit salariés à temps plein donnent 8. Cinq salariés à 20 heures par semaine donnent 100 ÷ 35, soit 2,86. Un CDD présent trois mois sur les douze derniers compte 0,25, et un apprenti 0. Total : 11,1, soit quinze personnes sur le registre du personnel, mais un effectif supérieur au seuil. Dans l’autre sens, une entreprise de quatorze personnes dont huit à mi-temps reste à 10. Le dirigeant n’entre dans le décompte que s’il est lié à l’entreprise par un véritable contrat de travail : le seul mandat social ne suffit pas.

Comment chaque catégorie compte dans l’effectif du CSE (articles L. 1111-2 et L. 1111-3 du Code du travail)

CatégorieComment elle compteExemple
CDI à temps pleinIntégralement : 11 salarié = 1
Salarié à temps partiel (CDI ou CDD)Somme des heures des contrats ÷ durée légale ou conventionnelle5 salariés à 20 h par semaine = 2,86
CDD, contrat intermittent, intérimaireAu prorata de la présence sur les 12 derniers moisCDD de 3 mois = 0,25
Salarié mis à disposition, présent dans vos locaux depuis au moins 1 anAu prorata de la présence sur les 12 derniers moisPrésent 12 mois sur 12 = 1
CDD ou intérimaire qui remplace un salarié absentExclu : le salarié absent reste compté0
Apprenti, contrat de professionnalisation, contrat aidé (CIE, CAE) pendant l’aideExclu (article L. 1111-3)0
Dirigeant sans contrat de travailNon salarié : exclu0

Ce qui se déclenche au douzième mois : information du personnel et 90 jours pour le premier tour

Une fois le seuil franchi, l’article L. 2314-4 vous impose d’informer le personnel de l’organisation des élections, par un moyen qui donne date certaine : affichage daté, courriel avec accusé de réception, remise contre émargement. Le document précise la date envisagée du premier tour, qui doit se tenir au plus tard le quatre-vingt-dixième jour suivant la diffusion. Le texte ne fixe pas de délai entre le douzième mois et cette diffusion ; la logique est qu’elle suive sans attendre. L’information se renouvelle tous les quatre ans, à chaque renouvellement du mandat ; un accord peut fixer un mandat de deux à quatre ans (article L. 2314-34).

Les syndicats sont informés et invités à négocier le protocole préélectoral (article L. 2314-5) : nombre de sièges, collèges, calendrier, modalités de vote. Dans une entreprise de 11 à 20 salariés, vous ne les invitez que si au moins un salarié s’est porté candidat dans les trente jours suivant l’information. Attention : selon les questions-réponses du ministère du Travail mises à jour en 2023, l’absence de candidat ne dispense pas du scrutin. Vous organisez le premier tour, puis le second, et ne dressez un procès-verbal de carence qu’à l’issue des deux. Si aucun syndicat ne participe, vous répartissez vous-même le personnel et les sièges entre les collèges (article L. 2314-14) ; en cas de désaccord avec ceux qui participent, le juge tranche (article R. 2314-2).

Le scrutin est de liste à deux tours (article L. 2314-29). Au premier, seules les listes syndicales se présentent ; si moins de la moitié des inscrits vote, un second tour a lieu dans les quinze jours, ouvert aux candidatures libres. Sont électeurs les salariés de 16 ans révolus ayant trois mois d’ancienneté, éligibles ceux de 18 ans ayant un an d’ancienneté. Avec un seul titulaire et un seul suppléant, le collège électoral est unique. Les listes de plusieurs candidats respectent la part de femmes et d’hommes inscrits, avec alternance : à défaut, le juge annule l’élection des derniers élus du sexe surreprésenté.

  • Mois 12 : l’effectif calculé atteint 11 pour le douzième mois consécutif ; vous le constatez par écrit, tableau mensuel des effectifs à l’appui.
  • Jour 0 : diffusion du document d’information avec la date du premier tour, au plus tard à J + 90 ; invitation des syndicats, qui doit leur parvenir quinze jours avant la première réunion de négociation.
  • J + 30 (entreprises de 11 à 20 salariés) : fin du délai de candidature qui conditionne l’invitation des syndicats ; la liste électorale est établie et publiée.
  • Au plus tard à J + 90 : premier tour ; si moins de la moitié des inscrits a voté, second tour dans les quinze jours.
  • Dans les quinze jours suivant le scrutin : transmission du procès-verbal, ou du procès-verbal de carence, au prestataire du ministère du Travail ; affichage de la liste des élus ; désignation du référent harcèlement sexuel parmi eux ; inscription des formations.

Ce que fait un CSE de 11 à 49 salariés, et tout ce qu’il ne fait pas

Entre 11 et 49 salariés, le CSE reprend les attributions des anciens délégués du personnel (article L. 2312-5). La délégation présente à l’employeur les réclamations individuelles et collectives sur les salaires, l’application du Code du travail, la protection sociale et les accords applicables ; elle contribue à la santé, à la sécurité et aux conditions de travail, mène les enquêtes après un accident du travail ou une maladie professionnelle, exerce le droit d’alerte et peut saisir l’inspection du travail. Un élu qui constate une atteinte aux droits d’un salarié, par exemple un harcèlement, saisit immédiatement l’employeur, qui doit mener une enquête sans délai avec lui (article L. 2312-59).

L’échange se joue dans une réunion par mois. La délégation est reçue collectivement par l’employeur au moins une fois par mois, et sur demande en cas d’urgence (article L. 2315-21). Les élus remettent une note écrite deux jours ouvrables avant ; vous répondez par écrit dans les six jours ouvrables suivant la réunion ; demandes et réponses sont consignées dans un registre que les salariés peuvent consulter (article L. 2315-22). Le manquement n’est pas anodin : l’entrave au fonctionnement régulier du CSE est punie de 7 500 € d’amende (article L. 2317-1).

Quelques textes imposent en outre de consulter le CSE : un licenciement économique de moins de dix salariés sur trente jours (article L. 1233-8), le reclassement d’un salarié déclaré inapte (articles L. 1226-2 et L. 1226-10), l’ordre des départs en congés à défaut d’accord (article L. 3141-16), les horaires à temps partiel décidés par l’employeur à défaut d’accord (article L. 3123-26), ou la mise en place d’une mutuelle par décision unilatérale (voir « DUE mutuelle et prévoyance : les 9 erreurs qui font perdre l’exonération URSSAF (et comment les corriger) »). Ce sont des avis, pas des codécisions. Avec un CSE, un intéressement ne s’instaure plus par décision unilatérale qu’après l’échec d’une négociation constaté par procès-verbal de désaccord (article L. 3312-5 ; voir « Intéressement ou participation : lequel mettre en place dans votre entreprise ? »).

Ce que le CSE ne fait pas avant 50 salariés est aussi instructif. Pas de consultations annuelles sur les orientations stratégiques, la situation économique ou la politique sociale (article L. 2312-17), pas de base de données économiques, sociales et environnementales (article L. 2312-18), pas de commission santé-sécurité obligatoire (seuil de 300 salariés), pas d’expert que le comité pourrait missionner à vos frais, ni secrétaire ni trésorier. Tout cela relève des sections de la loi réservées aux entreprises d’au moins 50 salariés, et ne s’active qu’après douze mois à ce niveau d’effectif (article L. 2312-2).

Les élus : combien, avec quelles heures, quelle formation et quelle protection

Les suppléants sont aussi nombreux que les titulaires et siègent en l’absence du titulaire (article L. 2314-1). Seuls les titulaires disposent d’un crédit d’heures, mais ils peuvent le répartir entre eux et avec les suppléants, sans qu’un élu dépasse une fois et demie le crédit mensuel d’un titulaire, en vous prévenant par écrit huit jours avant. Le crédit peut aussi être cumulé sur douze mois dans la même limite (articles R. 2315-5 et R. 2315-6). Ces heures sont du temps de travail payé à l’échéance normale ; si vous contestez leur usage, c’est au juge judiciaire que vous vous adressez, après les avoir payées (article L. 2315-10).

La formation en santé, sécurité et conditions de travail est la dépense la moins connue. Chaque membre de la délégation, titulaire ou suppléant, ainsi que le référent harcèlement, y a droit : au moins cinq jours lors du premier mandat, trois jours au renouvellement, y compris sous 300 salariés depuis le 31 mars 2022 (article L. 2315-18). Ce temps est rémunéré et n’est pas déduit des heures de délégation (article L. 2315-16). Vous prenez en charge les frais pédagogiques, dans la limite de 36 fois le SMIC horaire par jour et par stagiaire, soit environ 443 € avec un SMIC à 12,31 €, ainsi que les déplacements et le séjour (articles R. 2315-20 et R. 2315-21). Dans les entreprises de moins de 50 salariés, l’opérateur de compétences peut financer ces formations (article L. 2315-22-1).

Les élus sont protégés. Licencier un titulaire ou un suppléant exige l’avis du CSE puis l’autorisation de l’inspecteur du travail, et cette protection court encore six mois après la fin du mandat (articles L. 2411-5 et L. 2421-3). Elle s’applique aussi, pendant six mois, au candidat dès la publication des candidatures et au premier salarié qui a demandé l’organisation des élections (articles L. 2411-6 et L. 2411-7). Rompre le contrat sans autorisation est puni d’un an d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende (article L. 2432-1). Le mandat dure quatre ans ; depuis la loi du 24 octobre 2025, il est renouvelable sans limite, y compris dans les entreprises de moins de 50 salariés.

Composition du CSE et heures de délégation selon l’effectif (article R. 2314-1 du Code du travail, à défaut d’accord)

EffectifTitulairesSuppléantsHeures par mois et par titulaireTotal d’heures par mois
11 à 24 salariés1110 h10 h
25 à 49 salariés2210 h20 h
50 à 74 salariés (pour comparaison)4418 h72 h

Budget de fonctionnement et activités sociales : ce que la loi n’impose pas sous 50 salariés

Beaucoup de dirigeants retiennent le chiffre de 0,20 % de la masse salariale brute pour le CSE, sans savoir à partir de quel effectif il s’applique. Il vient de l’article L. 2315-61, qui impose une subvention de fonctionnement de 0,20 % de la masse salariale brute aux entreprises de 50 à moins de 2 000 salariés (0,22 % au-delà). Cet article figure dans la partie de la loi consacrée aux entreprises d’au moins 50 salariés. Sous ce seuil, la loi ne prévoit aucune subvention : le CSE n’a pas de budget, et vous lui devez seulement un local pour se réunir et la possibilité d’afficher ses informations (articles L. 2315-15 et L. 2315-20).

Les activités sociales et culturelles (chèques-vacances, billetterie, cadeaux de fin d’année) suivent la même logique. Les articles qui les confient au CSE et encadrent la contribution de l’employeur (articles L. 2312-78 et L. 2312-81) relèvent eux aussi de la section réservée aux entreprises d’au moins 50 salariés. Vous n’avez donc aucune obligation légale de financer des activités sociales avant ce seuil. Vous pouvez en proposer directement ; le régime social et fiscal de ces avantages obéit alors à ses propres règles, à faire vérifier par votre gestionnaire de paie.

Le piège est ailleurs : l’usage. Un avantage versé chaque année, à tous les salariés ou à une catégorie, selon un montant ou une règle de calcul fixes, peut devenir, selon la jurisprudence, un usage d’entreprise que vous ne pouvez plus supprimer d’un trait de plume. Pour y mettre fin, il faut informer les représentants du personnel, informer individuellement chaque salarié concerné et laisser un délai suffisant ; à défaut, l’avantage continue de s’imposer. Le réflexe est simple : écrivez dès l’origine qu’un avantage de fin d’année est exceptionnel, révisable chaque année et sans engagement pour l’avenir.

Pour mesurer ce que changerait le passage à 50 salariés, un ordre de grandeur suffit : 50 salariés payés 3 158 € bruts par mois (environ 2 500 € nets) représentent une masse salariale d’environ 1,9 million d’euros par an, soit une subvention d’environ 3 800 € par an, avant toute contribution aux activités sociales. C’est le budget que beaucoup de dirigeants imaginent devoir verser dès 11 salariés ; ils ne le devront qu’en franchissant les 50.

Combien ça coûte : le calcul pour une PME de 12 puis de 30 salariés

Le calcul ci-dessous part d’hypothèses volontairement hautes. Coût horaire d’un élu : 28 € (un salarié à 2 500 € nets coûte environ 4 240 € par mois à l’employeur en 2026, soit 28 € de l’heure sur 151,67 heures ; voir « Combien coûte vraiment un salarié à l’employeur en 2026 ? »). Heures de délégation intégralement utilisées. Une heure de réunion mensuelle par titulaire, payée en plus. Formation de cinq jours de sept heures pour chaque titulaire et chaque suppléant, avec des frais pédagogiques au plafond légal de 443 € par jour et par stagiaire, répartis sur les quatre ans du mandat. Élection : 15 heures de travail cumulées à 12 salariés, 20 heures à 30, plus 50 à 100 € de fournitures, réparties sur quatre ans.

La lecture est simple : de 4 300 à 5 400 € par an à 12 salariés, de 8 500 à 10 800 € à 30, soit moins d’un point de masse salariale. Ce n’est pas une ligne de budget qui sort de la trésorerie : c’est du temps déjà payé. Le coût réel dépend de votre capacité à absorber ces absences : une équipe de douze qui perd dix heures par mois sur un poste clé doit le prévoir dans ses plannings, voire le remplacer. Le tableau ne contient ni ce remplacement (heures supplémentaires, intérim), ni le temps du dirigeant, ni la formation de renouvellement (trois jours tous les quatre ans), ni un éventuel budget volontaire. À l’inverse, la prise en charge par l’opérateur de compétences peut ramener le total vers la fourchette basse.

Coût annuel indicatif d’un CSE de 11 à 49 salariés (hypothèses : 28 € de coût horaire, SMIC à 12,31 €, aucun budget volontaire)

Poste12 salariés (1 titulaire, 1 suppléant)30 salariés (2 titulaires, 2 suppléants)Calcul
Heures de délégation3 360 €6 720 €10 h × 12 mois × titulaires × 28 €
Réunion mensuelle (1 h par titulaire)336 €672 €12 h × titulaires × 28 €
Formation, salaire maintenu (par an sur 4 ans)490 €980 €35 h × élus × 28 € ÷ 4
Élection (par an sur 4 ans)118 €165 €(15 ou 20 h × 28 € + fournitures) ÷ 4
Total sans frais pédagogiques4 304 €8 537 €Somme des quatre lignes
Frais pédagogiques au plafond légal (par an sur 4 ans)1 108 €2 215 €5 jours × élus × 443 € ÷ 4
Total avec frais pédagogiques5 412 €10 752 €Hypothèse haute
Subvention de fonctionnement et activités sociales légales0 €0 €Dès 50 salariés seulement
Part du coût salarial annuel (610 560 € puis 1 526 400 €)0,7 % à 0,9 %0,6 % à 0,7 %Coût employeur de 4 240 € par mois et par salarié

Si personne ne se présente : le procès-verbal de carence, et les erreurs qui coûtent cher

Quand les élections n’aboutissent pas faute de candidats, l’employeur établit un procès-verbal de carence (article L. 2314-9). Il le porte à la connaissance des salariés par un moyen donnant date certaine et le transmet dans les quinze jours, au moyen du formulaire homologué, au prestataire désigné par le ministère du Travail (article R. 2314-22). Il prouve votre diligence ; il ne vous dispense pas pour toujours. Tout salarié ou tout syndicat peut demander des élections, que vous engagez alors dans le mois (article L. 2314-8), sous réserve d’un délai de six mois après le procès-verbal de carence. Et le cycle reprend tous les quatre ans.

Le procès-verbal de carence protège, son absence expose. Sur le terrain pénal, entraver la constitution du CSE est puni d’un an d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende, soit 37 500 € pour une société, l’amende des personnes morales étant le quintuple (article L. 2317-1 et article 131-38 du Code pénal). Sur le terrain civil, la Cour de cassation juge depuis un arrêt du 8 janvier 2020, et de manière constante, que l’employeur qui n’a pas accompli les diligences nécessaires, sans procès-verbal de carence, commet une faute qui cause un préjudice aux salariés, privés de possibilité de représentation, sans qu’ils aient à le prouver. Le montant, laissé au juge, se multiplie par le nombre de salariés qui réclament.

  • Compter des personnes au lieu d’équivalents temps plein, ou oublier de proratiser les CDD et les intérimaires : le seuil est franchi, ou non, sans que personne ne l’ait constaté.
  • Attendre une demande d’un salarié ou d’un syndicat : l’initiative appartient à l’employeur dès le douzième mois.
  • Informer le personnel sans date certaine, ou sans indiquer la date du premier tour : le délai de 90 jours ne peut plus être justifié.
  • Dans une entreprise de 11 à 20 salariés, arrêter le processus à l’expiration des trente jours sans candidat : il faut tenir les deux tours avant le procès-verbal de carence.
  • Composer des listes sans alternance entre femmes et hommes : l’élection des derniers élus du sexe surreprésenté peut être annulée (articles L. 2314-30 et L. 2314-32).
  • Oublier de transmettre le procès-verbal dans les quinze jours, ou de reconduire l’information tous les quatre ans.
  • Licencier un candidat, ou le salarié qui a demandé les élections, sans autorisation de l’inspecteur du travail ; ne pas tenir la réunion mensuelle ou répondre oralement.

Anticiper le onzième salarié : ce que change l’embauche, et quand rester sous le seuil est une fausse économie

L’embauche du onzième salarié ne déclenche rien le jour même. Elle ouvre une période de douze mois pendant laquelle le seuil doit être maintenu sans interruption, ce qui laisse le temps de poser un tableau mensuel des effectifs en équivalents temps plein, de choisir le mode de scrutin (papier ou vote électronique, article L. 2314-26) et de prévoir l’absence des futurs élus. Le onzième salarié coûte, à 4 240 € par mois, environ 50 900 € par an ; le CSE y ajoute 4 300 à 5 400 € par an, soit 8 % à 11 % du coût de ce poste. C’est le vrai prix du seuil, bien loin du budget de 0,20 % que l’on imagine.

Rester volontairement sous le seuil a des voies légitimes et des voies risquées. Légitimes : le temps partiel, compté au prorata ; les CDD de remplacement, exclus du décompte ; la sous-traitance de prestations réellement autonomes ; le recours à des indépendants ou au portage salarial, dont les consultants ne sont pas vos salariés (voir « Portage salarial ou création d’entreprise : le vrai calcul avant de choisir en 2026 »). Risquées : le prêt de main-d’œuvre déguisé, qui se requalifie en salariat dès qu’il y a lien de subordination, et le fractionnement en plusieurs sociétés. Une unité économique et sociale d’au moins onze salariés, reconnue par accord ou par le juge, donne lieu à un CSE commun (article L. 2313-8).

Rester sous le seuil devient une fausse économie dans trois cas. Quand on refuse un contrat ou une embauche rentable pour éviter un coût de moins d’un point de masse salariale. Quand les autres effets du seuil de 11 salariés arriveront de toute façon : contribution formation de 0,55 % qui passe à 1 % (articles L. 6331-1 et L. 6331-3), forfait social de 8 % sur les contributions de prévoyance complémentaire (articles L. 137-15 et L. 137-16). Ils ne jouent toutefois qu’après cinq années civiles consécutives au-dessus du seuil (article L. 130-1 du Code de la sécurité sociale et article L. 6331-1 A du Code du travail), alors que le CSE obéit à sa propre règle de douze mois. Et quand l’absence de représentants vous prive d’un interlocuteur : de 11 à 49 salariés, en l’absence de délégué syndical, un accord d’entreprise peut être conclu avec les titulaires du CSE (article L. 2232-23-1), alors que sans élu, de 11 à 20 salariés, il faut un référendum à la majorité des deux tiers (articles L. 2232-22 et L. 2232-23).

Le sujet est secondaire dans deux situations. Entre 1 et 10 salariés avec une équipe stable, il suffit de tenir le tableau d’effectifs et de surveiller les temps partiels convertis en temps plein. Entre 11 et 49 salariés avec un CSE en place, l’essentiel est la régularité des réunions et du registre. Ce sujet relève du droit du travail, pas de l’assurance : votre expert-comptable ou un avocat en droit social est le bon interlocuteur, pas un courtier.

Ce qu’il faut retenir

À 11 salariés pendant 12 mois consécutifs, le CSE est obligatoire, et c’est à vous de lancer le processus : information du personnel avec date certaine, premier tour au plus tard 90 jours après, deux tours si nécessaire, procès-verbal de carence en l’absence de candidat. En contrepartie, la loi n’impose ni budget de fonctionnement ni budget social avant 50 salariés : le coût est un coût de temps, de l’ordre de 4 300 à 5 400 € par an à 12 salariés et de 8 500 à 10 800 € à 30, soit moins d’un point de masse salariale.

Le coût de l’inaction est d’une autre nature : jusqu’à un an d’emprisonnement et 7 500 € d’amende, 37 500 € pour la société, auxquels s’ajoutent des dommages-intérêts que chaque salarié peut réclamer sans avoir à prouver son préjudice. À titre d’illustration seulement, si chacun des 12 salariés obtenait 1 000 €, la facture serait de 12 000 €, soit près de trois ans du coût annuel d’un CSE ; le juge fixe librement le montant.

La prochaine étape est modeste : dresser dès maintenant le tableau mensuel de votre effectif en équivalents temps plein sur les douze derniers mois. Si vous approchez de 11, le diagnostic gratuit en ligne et l’appel découverte de 30 minutes d’EXP Capital permettent de situer ce sujet parmi les autres coûts d’un recrutement, au côté de votre expert-comptable et de votre avocat en droit social. Pour chiffrer le poste lui-même, lisez « Combien coûte vraiment un salarié à l’employeur en 2026 ? ».

Questions fréquentes

À partir de combien de salariés le CSE est-il obligatoire ?
À partir de 11 salariés, à condition que cet effectif soit atteint pendant 12 mois consécutifs (article L. 2311-2). L’effectif se calcule en équivalents temps plein : temps partiel au prorata des heures, CDD et intérimaires au prorata de leur présence, apprentis exclus. Entre 11 et 49 salariés, les attributions du CSE restent limitées.
Dans quel délai faut-il organiser les élections après le franchissement du seuil ?
Vous informez le personnel par un moyen donnant date certaine, en indiquant la date du premier tour, qui doit se tenir au plus tard 90 jours après la diffusion (article L. 2314-4). Le texte ne fixe pas de délai entre le douzième mois et cette diffusion : le plus sûr est d’agir dans le mois qui suit.
Le CSE d’une entreprise de 11 à 49 salariés a-t-il un budget ?
Non. La subvention de fonctionnement de 0,20 % de la masse salariale brute concerne les entreprises de 50 à moins de 2 000 salariés (article L. 2315-61), et les règles de financement des activités sociales relèvent de la même partie de la loi. Vous restez libre d’accorder des avantages, en gardant l’usage d’entreprise à l’esprit.
Combien d’élus et combien d’heures de délégation ?
De 11 à 24 salariés : un titulaire et un suppléant, 10 heures par mois. De 25 à 49 : deux titulaires et deux suppléants, 10 heures chacun, soit 20 heures par mois (article R. 2314-1). Les heures sont payées comme du temps de travail et peuvent être mutualisées dans la limite d’une fois et demie le crédit mensuel.
Que risque l’employeur qui n’organise pas les élections ?
Un an d’emprisonnement et 7 500 € d’amende pour l’entrave à la constitution du CSE, soit 37 500 € pour une société (article L. 2317-1). S’y ajoutent des dommages-intérêts : sans procès-verbal de carence, la Cour de cassation juge que les salariés subissent un préjudice qu’ils n’ont pas à prouver.
Que faire si aucun salarié ne se présente ?
Vous tenez les deux tours de scrutin, puis vous établissez un procès-verbal de carence, porté à la connaissance du personnel et transmis dans les quinze jours (articles L. 2314-9 et R. 2314-22). Un salarié ou un syndicat peut ensuite demander des élections après six mois ; vous engagez alors la procédure dans le mois (article L. 2314-8).
Un élu du CSE peut-il être licencié ?
Oui, mais uniquement avec l’autorisation de l’inspecteur du travail, après avis du CSE, pendant tout le mandat et six mois après (articles L. 2411-5 et L. 2421-3). Les candidats et le salarié qui a demandé les élections sont protégés six mois. Un licenciement sans autorisation est puni d’un an d’emprisonnement et de 3 750 € (article L. 2432-1).
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Publié le 14 octobre 2026 · Mis à jour le 14 octobre 2026 · ChefEntreprise